Je peins le monde naturel sous forme de paysages abstraits et de topographies sculptées, traçant le pouls des sommets appalachiens et les périmètres silencieux des rivages. Je travaille avec des couleurs vives et une profusion de textures pour explorer la manière dont un paysage est façonné par le temps, renaît, ou est soudainement altéré par le poids d'une inondation, d'un incendie ou d'une comète. Sur des panneaux de bois, j'utilise un mélange d'encre, de peinture et d'émail. Dans ma série Lacs d'ardoise (Lakes of Slate), je travaille de manière plus physique, en étageant l'ardoise dans le mortier afin que la pierre elle-même imite l'élévation du sol.

J'ai quitté Montréal pour une vie dans les Cantons-de-l'Est, m'installant là où les montagnes des Appalaches commencent à s'effacer pour retourner à la terre. J'ai déménagé pour être proche de l'eau — je voulais tellement vivre à proximité d'un lac et nager que j'ai quitté la ville pour recommencer une vie rurale. Pourtant, ici, dans le calme, je suis hantée par l'obscurité. Je suis une nageuse qui n’arrive pas à traverser le lac seule, même si je peux faire trois fois l'aller-retour lorsqu’il y a des enfants sur la plage! Ma peur est lourde et ancienne : le mystère qui s'agite sous la surface de l'eau, et l’inconnu qui bouge sous la croûte terrestre. C’est ce que je peins — ce sentiment d'être projetée dans les airs, saisie dans un instant éphémère de flottement libre avant l'effondrement. C'est la crainte, certes, mais aussi l'émerveillement et la fascination de se tenir au bord de l'abîme.